Réflexions autour de l’expansion de conscience
Nous avons souvent tendance à penser la conscience comme quelque chose qui pourrait s’élargir en allant « plus loin », comme s’il existait un ailleurs à atteindre. Pourtant, au fil de mes accompagnements, je rencontre une autre dynamique.
L’expansion de conscience ne me semble pas être un mouvement qui nous éloigne de nous-mêmes. Elle pourrait être, au contraire, un mouvement qui nous permet progressivement d’englober davantage ce que nous sommes, et tout ce qui, parfois, nous semble difficile à réunir.
Lorsque les dimensions se séparent
Nous pouvons facilement nous identifier à ce que nous percevons en premier lieu de notre expérience, et nous représenter dans un monde « fini ». Ces représentations peuvent nous aider à nous comprendre, mais elles peuvent aussi finir par devenir des limites lorsque nous les confondons avec ce que nous sommes dans notre totalité.
Nous pouvons également vivre certaines dimensions de notre expérience comme opposées ou incompatibles, et cette séparation peut demander beaucoup d’énergie.
De la séparation à la réunion
L’expansion peut commencer lorsque nous cessons de lutter contre nous-mêmes, lorsque nous pouvons nous rencontrer directement, sans chercher immédiatement à modifier, à repousser ou résoudre l’expérience. Il ne s’agit pas pour autant de simplement lui faire une place.
Dans mon expérience, quelque chose de plus profond peut se produire lorsque les différentes dimensions commencent à se reconnaître. Elles se mettent en relation, elles se rejoignent et se répondent. Et parfois, elles semblent alors se fondre les unes dans les autres. Comme un rond qui retrouve son rond, un carré qui retrouve son carré, chacun vient rencontrer ce qui lui correspond. Et lorsque les formes se rejoignent, quelque chose cesse d’avoir besoin d’être séparé. Ce qui était maintenu à distance peut alors se rendre. Ce qui demandait de l’énergie pour être tenu, contrôlé ou évité n’a plus besoin de l’être de la même manière. La séparation se défait et avec elle apparaît une disponibilité.
Un espace qui n’a plus besoin d’être occupé par la lutte. Une disponibilité pour percevoir, pour vivre et pour rencontrer ce qui vient.
L’unité n’est alors pas l’addition de toutes les parties. Elle est ce qui apparaît lorsque les parties n’ont plus besoin d’être séparées.
Remettre en relation
Ce qui m’intéresse dans cette exploration est moins la recherche d’une réponse que la possibilité de remettre les choses en relation.
Toutes les dimensions de notre être, corps-psyché, peuvent dialoguer.
Une expérience peut ouvrir sur une ressource que nous n’avions jamais reconnue.
Le regard s’élargit alors naturellement. Non parce que nous avons trouvé une nouvelle explication, mais parce que nous avons cessé de regarder depuis un seul endroit.
Lorsque le regard se déplace
Lorsque les différentes dimensions se rencontrent et cessent d’être vécues comme séparées, ce n’est pas seulement leur relation qui change. C’est aussi le regard depuis lequel nous les percevons.
Ce déplacement de regard n’est pas une nouvelle idée ou une nouvelle compréhension à laquelle il faudrait adhérer. Il est vécu. La perception elle-même change. L’expérience reste là, mais la manière de l’habiter n’est plus la même.
Ce qui était vécu depuis l’intérieur d’une situation peut soudain être perçu avec davantage d’espace, comme si le point d’observation s’était déplacé. Il ne s’agit pas de penser autrement. Il s’agit de percevoir autrement.
Une autre configuration devient alors possible. Par exemple, ce qui semblait être un problème à résoudre devient simplement une sensation enfouie à rencontrer, ce qui semblait être une limite devient une information judicieuse… Cette configuration n’est pas seulement comprise, elle est vécue.
Le son comme fil conducteur
Dans mes séances, le son accompagne cette exploration. La vibration permet de revenir au corps, puis d’affiner progressivement l’écoute.
À mesure que le corps se détend et que l’agitation se dépose, certaines perceptions deviennent plus accessibles.
Le son devient alors moins un objet que l’on écoute qu’un espace dans lequel on entre.
Il peut permettre d’explorer autrement la relation entre intérieur et extérieur, entre sensation et conscience, entre ce qui est perçu et celui qui perçoit.
La vibration devient ainsi un fil conducteur. Je suis ce qui se présente dans l’expérience directe, et les sons, les vibrations et les différents espaces de la séance viennent accompagner ce mouvement. Il ne s’agit pas de provoquer une expérience particulière. Il s’agit d’écouter ce qui se transforme et de suivre ce qui cherche à émerger.
Une conscience qui englobe
Peut-être que l’expansion de conscience n’est finalement pas une expansion vers quelque chose.
Peut-être est-ce un mouvement d’ouverture à une perception plus large de ce qui est déjà là.
Pouvoir être avec une sensation sans devenir cette sensation. Observer une pensée sans devoir la suivre. Accueillir une émotion sans qu’elle définisse qui nous sommes. Ressentir une perception subtile sans avoir besoin de lui donner immédiatement une signification.
Et surtout, pouvoir laisser différentes dimensions de l’expérience se rencontrer jusqu’à ce qu’elles ne soient plus vécues comme séparées. Alors quelque chose se libère et se comprend. Une disponibilité apparaît, le regard se déplace et avec lui, parfois, toute la perception de l’expérience.
L’expansion de conscience devient alors moins une destination qu’une manière différente d’habiter ce qui est vécu.
Laisser émerger ce qui, jusque-là, n’avait peut-être pas encore trouvé suffisamment d’espace pour être vu. Peut-être que nous n’avons pas toujours besoin d’aller plus loin. Peut-être avons-nous parfois simplement besoin de réunir suffisamment ce qui semblait séparé pour découvrir que nous regardions depuis un endroit qui n’était pas encore celui de l’ensemble.

La conscience ne s’élargit pas en quittant ce que nous sommes, mais en accueillant suffisamment notre complexité pour que nos polarités puissent se reconnaître. Comme les différentes facettes d’un même cristal, elles peuvent sembler séparées tant que nous les regardons une à une. Lorsque nous les accueillons dans leur totalité, quelque chose se reconnaît : le regard se déplace, et de nouvelles cohérences apparaissent là où nous ne voyions auparavant que des séparations.

