Texte – Créer de l’espace en soi

Réflexions autour du massage conscient sonore

Lorsque nous traversons une épreuve, un changement ou une période de tension, notre premier réflexe est souvent de chercher à modifier ce qui nous entoure. Pourtant, il arrive que le véritable mouvement commence ailleurs. Il commence dans la manière dont nous entrons en relation avec ce qui est déjà là.

Au fil de mes accompagnements, j’observe que le corps ne demande pas seulement à être détendu. Il demande surtout à être écouté.

Il porte notre histoire, nos habitudes, nos façons de nous adapter, nos élans, nos résistances et parfois des tensions devenues si familières qu’elles passent inaperçues.

Le massage conscient sonore est né de cette observation.

À travers le toucher, la vibration et le son, il ne s’agit pas de corriger le corps, mais de lui offrir un espace où il peut retrouver davantage de disponibilité.

Peu à peu, quelque chose se relâche. La respiration s’approfondit. Le corps retrouve sa capacité à laisser circuler ce qui avait tendance à se figer.

Mais cette détente n’est pas une fin en soi. Elle ouvre un autre espace.

Un espace où il devient possible d’observer ce qui se présente sans avoir immédiatement besoin de le contrôler, de le repousser ou de le résoudre.

C’est là que commence, pour moi, un véritable travail de présence : être avec ce qui est, le laisser apparaître, le laisser évoluer et le traduire, afin de créer des connexions corps-esprit et des prises de conscience.

C’est à mon sens, ainsi, que nous pouvons découvrir comment accompagner un mouvement intérieur plutôt que lutter contre lui. Cette qualité de présence transforme progressivement notre manière d’habiter le corps, mais aussi notre manière d’habiter la vie.

Nous développons peu à peu une autre façon d’accueillir les émotions, les sensations, les pensées et les événements, non pour les subir, non pour les éviter, mais pour entrer en relation avec eux.

Créer de l’espace ne signifie pas tout laisser entrer

Lorsque nous créons de l’espace en nous, il ne s’agit pas de devenir plus poreux. Au contraire.

Un espace intérieur suffisamment vivant peut permettre de retrouver une forme de discernement : sentir ce qui nous nourrit, ce qui nous traverse, ce qui ne nous appartient pas et ce qui n’a plus besoin de trouver sa place en nous.

Il y a parfois une confusion entre ouverture et perméabilité. Être ouvert ne signifie pas tout absorber. C’est pouvoir laisser circuler sans se laisser envahir. C’est pouvoir dire non sans fermer la relation.

Un « non » conscientisé peut devenir un véritable oui : un oui à ce qui est juste, à ce qui nous respecte, à ce qui permet au vivant de continuer à se déployer.

Lorsque nous ne disposons plus de cet espace intérieur, nous pouvons facilement répéter les mêmes façons de faire, les mêmes réactions et parfois les mêmes cycles, même lorsqu’ils ne nous conviennent plus. Nous cherchons alors souvent la cause ou la solution à l’extérieur.

Le mouvement peut pourtant commencer dans l’autre sens : revenir à soi, observer ce qui se passe en soi et retrouver une capacité d’action là où elle est réellement disponible. Corps et esprit ne sont pas deux mondes séparés. Ils participent à une même expérience.

Créer de l’espace, c’est donc aussi permettre qu’une autre manière d’être puisse prendre forme. Peu à peu, une nouvelle énergie de vie peut trouver sa place : une autre façon de répondre, de choisir, de se positionner, d’entrer en relation.

Il ne s’agit pas de devenir imperméable. Il s’agit de retrouver une perméabilité vivante et sélective : accueillir ce qui peut être accueilli, laisser traverser ce qui a besoin de traverser, et ne plus se laisser envahir par ce qui n’a pas à nous appartenir.

La géode

Une image m’accompagne souvent pour parler de ce processus : celle de la géode. Lorsqu’une cavité se forme en son cœur, elle devient un espace où les cristaux peuvent lentement apparaître et grandir.

Cette cavité n’est pas un manque. Elle est la condition qui permet à une nouvelle organisation d’émerger.

Je ressens qu’il en est souvent ainsi de nous-mêmes. Lorsque nous créons un véritable espace intérieur, quelque chose peut enfin se déposer, de nouvelles ressources deviennent perceptibles. Une autre stabilité peut apparaître, une manière plus juste d’être en relation avec soi, avec les autres et avec le vivant commence à se dessiner.

La cavité n’est donc pas un vide à remplir. Elle est un espace vivant. Un espace suffisamment libre pour que quelque chose de nouveau puisse apparaître, se développer et prendre forme. Et peut-être est-ce aussi cela que nous pouvons apprendre à travers les expériences de la vie : ne pas chercher à remplir immédiatement chaque espace, chaque silence, chaque inconnu. Laisser parfois la place, observer ce qui vient et découvrir ce qui peut naître lorsque nous cessons de tout contrôler.

Créer de l’espace n’est donc pas fuir la réalité. C’est au contraire devenir plus disponible à ce qui la traverse. C’est permettre à une présence plus consciente de prendre sa place.

Comme la géode, nous découvrons alors que ce qui semblait vide pouvait, en réalité, devenir un lieu de transformation. Et que les épreuves, les passages et les résistances peuvent parfois devenir le lieu même où de nouvelles directions apparaissent.

Peut-être que le véritable mouvement n’est pas de devenir quelqu’un d’autre.

Peut-être est-il simplement de laisser apparaître ce qui, depuis toujours, cherche à vivre.

Tout comme la berge ne retient pas l’eau, mais lui donne un chemin, la roche ne ferme pas la géode : elle lui offre la cavité où les cristaux peuvent apparaître.

Il faut parfois une berge pour que l’eau puisse être libre, et une cavité pour que la beauté puisse apparaître.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *